Retour sur le décalage de 14 à 18 ans de la majoration pour âge des allocations familiales

Publié le | Temps de lecture : 4 minutes

Les familles de deux enfants ou plus perçoivent une majoration des allocations familiales lorsque les enfants atteignent un certain âge, et ce jusqu’à leurs 20 ans. Depuis le 1er mars 2026, l’âge de l’enfant ouvrant droit à cette majoration a été reporté de 14 à 18 ans, avec une montée en charge progressive. En conséquence, début 2030, la majoration pour âge ne concernera plus que les familles dont les enfants sont âgés de 18 et 19 ans.

Le Conseil de la famille a déjà émis un avis défavorable sur cette mesure dans le cadre de son analyse du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026. Poursuivant ses travaux, il évalue dans cette note la baisse de dépenses d’allocations familiales, le nombre de familles affectées, ainsi que les effets sur le niveau de vie de ces familles et le taux de pauvreté.
 

Le Conseil de la famille évalue le nombre de familles affectées par le décalage à 18 ans de l’âge des enfants ouvrant droit à la majoration des allocations familiales à environ 700 000 en 2026, et 1,2 million en 2029. Cette mesure conduira, à terme, à réduire de 80 % l’enveloppe dédiée à ces majorations, qui passera de 1,6 Md€ en 2025 à 320 M€ en 2030.

Pour certaines configurations familiales, la perte est substantielle. Ainsi, à terme :

  • une famille de deux enfants âgés de 14 et 16 ans, éligible aux allocations familiales à taux plein, percevra 906 € de moins par an au titre des allocations familiales ;

  • une famille de trois enfants âgés de 14, 16 et 17 ans, éligible aux allocations familiales à taux plein, percevra 2 719 € de moins par an.

La mesure touche plus particulièrement les familles à revenu modeste et les familles nombreuses.

  • Les familles perdantes sont plus nombreuses dans le bas de la distribution des niveaux de vie : en 2029, une fois la mesure montée en charge, plus d’un tiers des familles avec deux enfants ou plus appartenant aux 20 % des ménages les plus modestes (240 000 couples et 120 000 parents isolés) verront leurs allocations familiales baisser relativement à ce qu’elles auraient perçu avec l’ancien système, contre 20 % pour celles faisant partie des 20 % des ménages les plus aisés.

  • La perte de revenu est plus importante pour les familles à revenu modeste. D’une part, elles percevaient la majoration pour âge à taux plein, alors que les familles plus aisées la percevaient à taux réduit. D’autre part, pour celles qui perçoivent le RSA ou la prime d’activité, la perte n’est pas compensée par une hausse de RSA ou de prime d’activité, car ces majorations pour âge ne sont pas prises en compte dans les bases de ressources de ces dispositifs.

  • La baisse du niveau de vie est substantielle pour les familles les plus modestes : en 2029, parmi les familles affectées appartenant au premier quintile de niveau de vie, les couples avec deux enfants verront leur niveau de vie moyen baisser de 1,9 % (ce qui correspond à une perte de 610 € par an) ; les couples ayant trois enfants ou plus verront leur niveau de vie moyen baisser de 2,7 % (1 040 € par an) ; les parents isolés ayant deux enfants à charge verront leur niveau de vie baisser de 2,6 % (670 € par an) et ceux ayant trois enfants ou plus verront leur niveau de vie baisser de 3,2 % (1 000 € par an).

Sous l’effet de cette mesure, certaines familles basculeront dans la pauvreté ; pour d’autres familles déjà en situation de pauvreté, l’intensité de la pauvreté s’en trouvera renforcée. Après montée en charge de la mesure, les estimations réalisées pour le Conseil de la famille par l’OFCE indiquent que le taux de pauvreté des familles augmentera de 0,2 point.

En conséquence, le Conseil de la famille recommande de revenir sur cette mesure. A minima il propose de limiter le décalage de 14 à 15 ans. Avec cette option, la baisse des dépenses publiques atteindrait 210 M€ au lieu des 1,28 Md€ prévus avec un décalage de 14 à 18 ans, une baisse néanmoins importante alors que la branche famille est excédentaire. Cette option limiterait les effets antiredistributifs de la mesure, qui resteraient néanmoins substantiels, avec environ 700 000 familles affectées dont plus de la moitié se situe dans les deux premiers quintiles de niveaux de vie. En outre, maintenir le droit aux majorations pour les enfants âgés de 15 à 20 ans permettrait de conserver l’effectivité du principe d’une majoration pour âge des allocations familiales inscrit dans la loi.

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