Des lieux de vie et d’attentions pour aujourd’hui et demain
Une vision et un chemin pour la transformation de tous les Ehpad
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Face à l’arrivée des générations du baby-boom aux âges de forts besoins d'aides à l'autonomie, le Conseil de l’âge appelle à transformer en profondeur le modèle des Ehpad vers un nouveau modèle d’établissement domicile attentionnés (« Maison’âge »), conciliant davantage qualité de vie, soins, autonomie, lien social et ouverture sur la cité.
Adoptant une vision à 360° sur le positionnement, le financement et l’organisation des Ehpad, il apporte des éclairages nouveaux sur les difficultés actuelles du secteur et propose des voies pour y remédier, notamment sur les questions de la qualité de vie des résidents et du travail des professionnels y exerçant. Au-delà, il apporte une réflexion et des orientations prospectives pour engager une mue des Ehpad vers un nouveau modèle d’établissements « lieux de vie et d’attentions » répondant aux évolutions démographiques, sanitaires et sociétales. Il estime en effet que, malgré le développement des accompagnements à domicile et des formes alternatives d'habitat, de tels établissements demeureront indispensables pour accompagner les personnes âgées les plus fragiles. D’où la nécessité de rénover, simplifier et redonner du sens au cadre qui leur est appliqué. Enfin, dans un contexte où des épisodes de chaleurs exceptionnelles sont amenés à se répéter, il aborde la question de de l’adaptation des établissements aux nouvelles normes environnementales et aux aléas climatiques.
Des établissements confrontés à des besoins toujours plus complexes
Les Ehpad accueillent aujourd’hui des résidents toujours plus âgés et plus fragiles. Les personnes entrent aujourd’hui en Ehpad plus tardivement - leur âge médian atteint 88 ans et 8 mois, 40 % ont 90 ans ou plus - avec des besoins de soins plus importants - plus d'un résident sur deux relève des niveaux de perte d’autonomie les plus élevés (GIR 1 et 2) -, mais avec les mêmes attentes fondamentales : vivre chez elles, garder leurs choix et préserver leur autonomie.
Cette évolution impose de mieux concilier les exigences de soins avec le respect de l’autonomie, des choix de vie et de la qualité de vie des résidents. Elle révèle également les limites du modèle actuel des établissements, dont l’organisation et le financement demeurent largement structurés par une distinction entre les sections « soins », « dépendance » et « hébergement », devenue de moins en moins adaptée aux réalités de l’accompagnement. D’où la nécessité de rénover, simplifier et redonner du sens au cadre qui leur est appliqué.
Pour le Conseil de l’âge, la réponse au vieillissement ne consiste pas à opposer accompagnement à domicile et établissements spécialisés : les deux seront indispensables pour répondre à la diversité des besoins.
Transformer les Ehpad pour préparer le défi démographique
Pour répondre à ces constats, le Conseil de l'âge propose une transformation profonde du modèle des Ehpad afin qu'ils deviennent tous, comme certains groupes ou établissements l’ont fait, de véritables lieux de vie, de soins et de d’aides intégrées, au service des personnes âgées et des acteurs des territoires.
Le rapport formule ainsi plusieurs orientations structurantes, parmi lesquelles :
simplifier le financement des établissements, notamment en généralisant la fusion des sections « soins » et « dépendance », en étendant le périmètre de cette nouvelle section à l’ensemble des soins primaires, en rénovant les outils Aggir et Pathos, en développant les usages des outils numériques ;
renforcer progressivement les effectifs afin d’atteindre un taux cible de 8 professionnels pour 10 résidents d’ici 2030 ;
suivre, contrôler et rétribuer les établissements en fonction de la qualité et des résultats atteints ;
concevoir progressivement les chambres en véritables logements individuels, davantage ouverts sur la vie de la cité ;
engager une trajectoire nationale d’investissement pour moderniser les bâtiments, accélérer les virages tant numérique qu’environnemental et améliorer durablement les conditions d’accompagnement inscrite dans la durée, à travers une programmation pluriannuelle donnant aux établissements la visibilité nécessaire pour engager leur transformation.
Cette ambition intervient dans un contexte économique difficile pour de nombreux établissements. La hausse des besoins des résidents, l’évolution des coûts et les limites du modèle actuel de financement fragilisent durablement les Ehpad : en 2023, près de 7 Ehpad publics sur 10 étaient déficitaires, contre moins de 4 sur 10 en 2017. C’est pourquoi l'ensemble de ces dimensions suppose désormais une prise de conscience des enjeux et une mobilisation collective pour y répondre.
De l’Ehpad à la « Maison’âge »
Au-delà de ces propositions, le Conseil de l’âge appelle à un changement de paradigme en faisant progressivement évoluer les Ehpad vers des « établissements domicile attentionnés », conçus comme des domiciles collectifs où les personnes continuent de vivre chez elles (accueil de jour) ou comme chez elles (hébergement permanent ou temporaire) tout en bénéficiant d’un accompagnement, de soins et d’aides intégrés. Cette ambition s’incarne dans un nouveau concept, celui de « Maison’âge ». En complément de la démarche « Maison France Autonomie », cette proposition vise à approfondir l’évolution des Ehpad en lieux ouverts sur leur environnement, offrant un cadre de vie, de soins et de services adapté aux parcours des personnes âgées.
Plus qu’un changement de nom, il s’agit d’un changement de modèle : passer d’une logique centrée sur le « lit » à celle d’un logement avec soins, d’aides et lien social, favorisant le pouvoir d’agir, le respect des choix de vie, la participation à la vie sociale et l’ouverture sur le territoire.
« Nous ne répondrons pas aux besoins de demain en se passant d'établissements spécialisés en nombre suffisant, profondément réinventés. Les établissements de demain devront être conçus et perçus comme une des étapes possibles d’un parcours où l'on continue toujours à vivre malgré ses besoins d'aides et de soins, et changer de nom. Pour qu’on ne dise plus jamais « Elle est bonne à envoyer à l’Ehpad ! ». C'est cette transformation que le Conseil de l'âge appelle de ses vœux »
Jean-Philippe Vinquant, Président du Conseil de l’âge
Pour le Conseil de l’âge, cette transformation constitue une condition essentielle pour préparer l’augmentation sans précédent des besoins d’aide à l’autonomie attendue au cours des prochaines décennies et construire un nouveau contrat social du grand âge.
Pour aller plus loin
Ce rapport, dont les travaux ont été conduits de juillet 2025 à juin 2026, s'appuie sur des données, des analyses scientifiques déjà disponibles ou produites spécifiquement par le Conseil de l'âge, sur les séances et les séminaires qu'il y a consacrés ainsi que sur des consultations et rencontres de terrain.